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Ligne de recherche 1 : " Phénoménologie de l'île "

La phénoménologie est science sensible du vécu, ici d'un objet – l'île – qui se donne à vivre comme théâtre des représentations. L'île est hyle en contact, chair à chair, avec l'esprit et la main des hommes. Cette ligne de recherche se voue à ses manifestations sensibles, à ses formes et à ses paysages. Une attention particulière est portée à toute notion ou manœuvre permettant de dévoiler sans clichés les phénomènes liés aux insularités réelles, métaphoriques, (géo)poétiques ou conceptuelles.

Depuis l'Antiquité, l'île est un topos de l'histoire de l'humanité. Mille et une fois elle fut investie de l'imaginaire prolifique des hommes. Chez Homère, elle fut royaume et prison, pour Platon comme plus tard pour Thomas More, elle fut un microcosme utopique, chez Defoe et Tournier, elle fut un labyrinthe éprouvant les limites d'un esprit solitaire. Aujourd'hui encore, sa puissance évocatrice est grande : elle est une carte postale pour les Tour Operator, un sujet de caprice pour milliardaire survivaliste ou le dernier lieu où s'enfuir avant la fin du monde.

Ainsi, rien de plus tenace qu'un cliché, quand bien même un stéréotype est toujours en quelque sorte ressemblant à la réalité. Mais si le cliché s'active par la contemplation passive et rêveuse, il s'évacue par l'expérience active, la collision et la collusion avec ce qui est. C'est donc en termes de phénoménologie, science et poétique de l'expérience vécue assumant sa subjectivité souveraine, que l'île se pose dans cette ligne de recherche. Exposition au péril, exposition au périmètre, l'île se définit par la limite de son rivage, mais il n'y a là ou ailleurs aucune frontière atmosphérique et c'est toujours la tête dans les nuages d'une île planétaire que tout un chacun avance.

Les spécificités climatologiques, géographiques et géologiques de l'île, la force de ses éléments et l'intensité de sa morphologie sont parmi les clés de voûte de ce chantier phénoménologique. On peut entre autres points d'intérêt s'y interroger sur la poétique des météores, sur la linguistique dégagée par les hoquets d'un volcan ou sur l'érotique de la tectonique. C'est toute une dramaturgie élémentale qui s'exerce au sein de ce théâtre de basalte et d'alizées.

Il s'agit d'explorer, à travers la production des images, notamment le cinéma, les notions esthétiques de l'île, puis celles de ses spécificités géologiques, végétales et atmosphériques, criminologiques, politiques et artistiques. La forme de fiction ainsi que celle du documentaire nous mèneront aux enjeux de la temporalité et du rythme qui nous permettront de comprendre les liens au champ des arts visuels, en nous imprégnant des esthétiques particulières.
À partir du cinéma, de l'art contemporain et d'apports littéraires et scientifiques, nous ouvrirons le débat aux questions du paysage, des mythes et contes, du fragment, de la couleur, ainsi qu'à la musique en tant que construction immatérielle d'espace et du temps.

Responsable : Esther Hoareau (artiste et enseignante)

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